J’ai posé mon mug froid sur le rebord de la fenêtre, rue de la République, et j’ai ouvert mes deux simulateurs de rendement locatif. Je me suis retrouvée avec le même studio meublé, les mêmes chiffres, et une page qui me réclamait déjà le loyer hors charges, la taxe foncière, les charges de copro non récupérables et la vacance locative. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, et je garde ce bien comme un dossier test depuis mon premier achat à 28 ans. Mon métier m’a appris à regarder chaque case avant de croire l’écran.
Comment j’ai organisé ce test en conditions réelles
Mon studio fait 23 m² et je l’ai acheté 101 800 euros. Je l’ai gardé en meublé, parce que j’ai été convaincue très tôt que le turn-over allait peser sur les chiffres autant que le loyer. J’ai travaillé seule sur ce test, en avançant le soir quand la maison était calme. Mon compagnon vit à mes côtés, mais je voulais surtout vérifier les simulateurs sans parasite de méthode ni distraction.
J’ai repris exactement le même studio dans les deux simulateurs, avec la même base d’achat, le même loyer, les mêmes frais d’acquisition et le même budget meuble. Je suis partie sur cinq mises à jour sur 21 jours, espacées de quatre jours, pour voir si les écarts bougeaient quand je corrigeais les oublis. J’ai noté chaque changement dans un fichier à part, parce que je voulais comparer les versions sans me fier à ma mémoire.
J’ai séparé le loyer hors charges du reste, puis j’ai ajouté 7,un petit nombre de frais de notaire, 312 euros de charges de copro non récupérables par an et 874 euros de taxe foncière. J’ai aussi mis une vacance d’un mois tous les 12 mois, pas un taux rond qui faisait trop joli sur l’écran. Pour l’ameublement et les petites reprises, j’ai retenu 2 140 euros la première année, puis un budget de remise en état que j’ai replacé quand je voyais les postes repartir.
La première semaine, le choc des chiffres et des oublis
Au premier passage, le simulateur A m’a affiché une poignée de rendement brut, et j’ai tout de suite levé les sourcils. Le simulateur B s’est arrêté à 4,un cas sur cinq, avec moins d’éclat mais plus de cases remplies. Sur mon studio, avec un ticket autour de 100 000 euros, l’écart m’a frappée d’entrée.
J’ai ensuite refait la saisie en glissant par erreur le loyer charges comprises au lieu du loyer hors charges. Un simulateur affichait une rentabilité trop belle parce qu’il laissait passer le loyer en charges comprises sans que l’utilisateur s’en rende compte, et j’ai vu le rendement brut gonfler d’un coup. Mon cash-flow affichait +48 euros, puis il tombait à -42 euros dès que je remettais le loyer à sa vraie case.
Le bloc des charges de copro non récupérables m’a encore plus parlé que le reste. Dans B, il était traité ligne par ligne, avec un vrai impact sur le net-net, alors que A les minimisait presque en douce. Quand j’ai ajouté la taxe foncière, le résultat est passé du vert au rouge, et je n’ai pas cherché longtemps d’où venait la différence.
J’ai cru que le simulateur B était trop pessimiste, mais mes relevés bancaires ont confirmé ses estimations. Je suis rentrée dans mes virements de l’année précédente et j’ai vu que le petit surplus apparent disparaissait dès la vacance et les charges fixes. À ce moment-là, je me suis retrouvée face à un choix simple, croire l’écran flatteur ou croire mes sorties d’argent.
Le détail qui m’a fait basculer, c’est le passage entre rendement brut, rendement net et net-net. J’étais partie avec l’idée qu’un studio bien placé se reloue vite, puis un mois de vacance a suffi pour casser cette certitude. Le simulateur le plus simple me donnait le chiffre le plus joli, et je l’ai trouvé trop lisse pour être pris au sérieux.
Au bout de trois semaines, ce que j’ai réellement mesuré sur l’ameublement et les remises en état
Au bout de 11 mois de rotation, j’ai dû remettre 2 860 euros sur la table pour le mobilier, les retouches de peinture et deux petites réparations. J’ai changé une literie, une chaise branlante, un abat-jour et une plaque de cuisson qui commençait à fatiguer. Quand je vois revenir cette ligne, je sais que le studio ne se contente pas d’un bon loyer, il me réclame un réinvestissement régulier.
Dans le simulateur B, j’ai pu isoler une part de mobilier et la traiter séparément, ce qui m’a aidée à lire le cash-flow sans me mentir. Dans A, le simulateur ne propose pas de champ spécifique pour ces frais, j’ai dû bricoler les entrées, ce qui fausse la simulation. J’ai fini par mettre 1 430 euros dans les travaux et 710 euros dans une ligne fourre-tout, puis l’écran m’a rendue un résultat que je n’avais plus complètement envie d’interpréter.
Je suis devenue plus sévère avec les remises en état après ce test. Dès que je laisse la case ameublement à moitié vide, je sais que le résultat mensuel ment par omission. Ça m’a saoulée, franchement, parce que le studio paraît rentable pendant l’emménagement, puis il redemande du capital au moindre départ.
J’ai aussi regardé l’effet de l’amortissement quand il était présent dans un outil et absent dans l’autre. Sur le papier, cela change la perception du rendement, mais dans mon cas le vrai signal restait le même, le cash-flow ne supportait pas les oublis. À chaque fois que j’écartais les petits frais pour faire joli, je me retrouvais avec un tableau trop propre pour être utile.
J’ai remarqué que la charge émotionnelle venait presque avec la facture. Quand je vois repasser le même poste tous les 11 mois, je sens tout de suite que le bien mange une partie de sa marge. Je ne sais pas si ce rythme vaut partout, mais sur ce studio précis, il a changé ma façon de lire les simulations.
Mon bilan final : pour qui ces simulateurs fonctionnent vraiment et où ils pèchent
Au final, j’ai gardé un écart net entre les deux outils. A m’a montré un petit nombre au premier écran, puis un résultat qui s’est dégonflé dès que j’ai ajouté la vacance, la taxe foncière et les charges de copro non récupérables. B est resté autour de 4,une poignée, avec un cash-flow plus proche de ma réalité, même si la marge restait mince.
J’ai compris que le simulateur le plus simple donne le rendement le plus flatteur, et c’est justement ce qui le rend risqué sur un studio meublé à fort turn-over. Sur mon bien, il m’a caché l’effet combiné du loyer charges comprises, de la taxe foncière oubliée et d’un mois de vacance. Pour quelqu’un qui accepte de faire un premier tri rapide, il peut servir, mais je ne lui confierais pas une décision finale.
mon métier m’a appris que plus un outil demande de saisies, plus il me force à rester honnête avec mes hypothèses. B m’a demandé plus de temps, et j’ai mis 18 minutes à tout renseigner, mais j’ai obtenu un rendu qui tenait mieux la route. Je suis restée prudente, parce que je n’ai testé ici qu’un studio, pas tous les montages possibles.
J’ai ensuite gardé trois pistes sous la main pour la suite, sans leur donner le même poids. J’ai préféré un tableur maison pour recouper, j’ai gardé un échange avec un conseiller patrimonial pour les cas plus serrés, et j’ai utilisé la simulation bancaire seulement pour vérifier si mes hypothèses tenaient face au crédit. Je n’ai pas poussé plus loin sur la fiscalité, parce que ce terrain sort de mon champ et je préfère le laisser à un spécialiste.
- mon tableur perso pour remettre les charges à plat
- un conseiller patrimonial pour les dossiers plus tendus
- la simulation bancaire pour vérifier le financement
Je retiens surtout une chose de ce test, les simulateurs qui détaillent bien les charges et la vacance locative donnent les chiffres les plus crédibles. Les erreurs qui m’ont le plus piégée restent l’entrée du loyer charges comprises, l’oubli de la taxe foncière et la mauvaise lecture des charges de copropriété non récupérables. Quand je reviens à mon fichier de la rue de la République, je vois tout de suite que B colle mieux à mon studio, et je garde A seulement comme point de départ, pas comme verdict.


